L'objet de la philosophie est la résolution de problèmes, mais tous les problèmes que l'on lui propose sont-ils philosophiques ? La détermination du champ d'investigation de la philosophie passe par une appréhenssion de ses moyens. On étudiera le rôle des sciences comme intermédiaires ainsi que les limites que l'on pose à une action de la philosophie. On verra l'application de l'adage philosophia perenis
ainsi que les difficultés de la philosophie à correctement appréhender le tout.
Lorsque la philosophie s'instaure chez les grecs, elle le fait en terme d'essence. Pour des philosophes comme Socrate et Platon, la problématique métaphysique qui se pose est la recherche de la nature des choses. Par chose, ils n'expriment pas uniquement une perception des phénomènes matériels, mais aussi de ceux qui relèvent du monde des idées.
Cette synthèse entre l'étude du monde senssible et du monde intelligible marque l'esprit fondateur de la pensée grecque antique. En effet, cette dernière fait en quelque sorte la synthèse des deux premières ébauches de systèmes de réflexion, le mouvement indien de brahames qui réfléchissent sur des problèmes proches de l'abstrait et qui dépassent la nature humaine, alors que le mouvement chinois, que l'on incarne dans la tradition confucéenne, opte pour une recherche pragmatique sur des sujets quotidients, matériels, humains.
Ainsi la philosophie grecque démare sur le postulat suivant philosophia perenis
, la philosophie apréhende tout et le tout. C'est pourquoi les successeurs de Socrate mettront en place des systèmes à l'image du sien, dont l'objet sera la présentation d'une certaine façon d'appréhender le monde. Bergson disait à ce propos que les philosophes n'ont qu'une seule chose à dire, et qu'ils passent toute leur vie à l'expliquer et à la justifier. De par ce postulat chacun aura la prétention d'embrasser tous les domaines du savoir à l'image de ces philosophes qui cumuleront leur fonction avec celle de scientifique.
Lorsque Platon dit qu'il est le propre des philosophes que de s'étonner de toutes choses, il place le doute en position de moteur de la philosophie. Ainsi la philosophie est-elle amenée à s'interroger chaque fois qu'une découverte suscite son étonnement, ou installe le doute. Cependant la dialectique Hegelienne impose un nouveau moteur, l'opposition des idées. Son schéma ternaire d'organisation des idées, thèse, antithèse, synthèse, conduit lors de la dernière phase à l'Aufhebung (dépassement), l'émancipation vis à vis des deux thèses qui s'opposent dans un monde manichéen. Pour lui la philosphie est d'essence polémique
. Cela implique donc que toute avancée scientifique ou intellectuelle, dans la mesure où elle s'oppose aux connaissances antérieures, donne lieu à une problématique qui doit conduire au dépassement de la chose en elle même pour en tirer un enseignement plus large, plus philosophique.
Pour imager ce phénomène, prenons l'exemple de la révolution Copernicienne et de ses suites. Dans l'antiquité grecque, le géocentrisme, théorie selon laquelle la terre se situe au centre de l'univers et admet toutes les étoiles telles que le soleil comme satellites, domine. Zénon d'Elée va même jusqu'à se demander si les nuages peuvent faire autre chose que de tourner autour de la terre à l'instar des étoiles. Cependant les travaux de Copernic montrent que la terre n'est pas le centre de l'univers, et donc qu'il y a héliocentrisme car la terre n'est qu'un satellite du soleil autour duquel elle tourne. Avec le géocentrisme, c'est aussi l'anthropocentrisme qui s'écroule car l'un découle de l'autre. La rupture épistémologique (comme disait Auguste Comte) a entrainé la dépréciation du rôle de l'homme dans l'univers qui ne devient plus que spectateur. Le problème scientifique de l'organisation de l'univers est donc de nature philosophique car il met en oeuvre une recherche sur l'essence de l'homme, son rôle, sa place dans notre monde. Aujourd'hui, la théorie du Chaos vient s'opposer philosophiquement à cette dépréciation du rôle de l'homme.
Cette théorie a été mise à jour par des scientifiques, cybernéticiens pour la plupart, suite à des observations de Lorentz, éminent météorologue. Ce dernier travaillant sur des modèles mathématiques informatisés de prévision du temps à long terme, pris conscience par coincidence de l'influence des plus petits paramètres dans les systèmes non linéaires et itératifs. En effet le calcul résultant de relevés ne différant que par l'omition des trois dernières décimales sur un chiffre en comportant neuf, a entraîné le déréglement total de la situation, les résultats étant complêtement différents l'un de l'autre et non aproximation. Par la suite, des études ont montré qu'il ne s'agissait pas d'une erreure ou d'une coincidence, mais bel et bien d'une découverte scientifique majeure, débordant le cadre de la météologie, car les modèles mathématiques sont de même nature dans un grand nombre de domaines scientifiques. L'influence des paramètres les plus petits peut être traduit par l'aphorisme suivant : le battement de l'aile d'un papillon à Hong-Kong pourrait entraîner un ouragan à New-York
. Cette théorie s'oppose ainsi aux conclusions tirées de l'héliocentrisme et la fin de l'anthropocentrisme, car elle montre que même si l'homme n'est pas important du point de vue de sa taille, il a pourtant une influence importante sur son environement, et sur des phénomènes qui le dépassent. La généralisation de la thoérie du chaos est donc un problème philosophique de par sa remise en cause d'idées établies et son enrichissement à la perception de l'essence humaine.
Lorsqu'un problème se pose, il ne le fait par forcément initialement en terme de problématique philosophique. Les sciences peuvent se constituer en temps que moyen terme du glissement vers une problématique. Cependant, certains problèmes ne sortent pas du champ d'investigation de la science dont ils dépendent. Le traitement philosophique consitue alors une étude de la science en elle même, la philosophie comme phénoménologie des sciences en quelque sorte.
Ainsi, même indirectement, la philosophie parvient à s'imposer à tout les problèmes, et donc légitime sa volonté d'appréhender le tout. Cependant, cette belle harmonie est troublée par Nietzsche qui dénonce l'hégémonie du logique sur le vivant, et par la même s'oppose à tous ces philosophes qui construirent leurs mondes idéologiques (il parle de chateaux
) sur de grands systèmes qui affichent la prétention de s'appliquer à toute chose. Son retour vers la philosophie pré-socratique le conduit jusqu'à l'acte de dénonciation du syllogisme, la forme logique de base de l'organon d'Aristote. Même s'il réfute toute la philosophie classique et donc ses outils, ses formes, son histoire, il ne remet pas en cause son existence (quoi qu'il fut accusé de nihilisme), la philosophie est bien là pour résoudre des problèmes. Le mythe politique du philosophe-roi montre bien cette propension de la philosophie à dominer le savoir, reigner sur ces médiateurs de problèmes, les idées qui en découlent, et les solutions qu'ils suscitent.
Cependant postuler que tout problème est philosophique revient à dire que la philosophie est nécessaire à leur traitement ce qui n'est pas le cas. Un problème dont la résolution entraîne l'application directe et stricte des lois énoncées par la science dont il dépend, n'est pas philosophique. Par contre, dès lors qu'il y a une contradiction ou nouveauté, alors il y a philosophie. La nouveauté renvoie à la dialectique platonicienne, alors que la contradiction conduit à la dialectique hegellienne.
Si le problème est en accord avec la science alors la dialectique ne peut s'intaurer faute de polémique, qui constitue son essence. Pourtant le terme précédement employé d'accord entre le problème et la science doit être entendu comme la reconnaissance dans la science de moyens aptes à traiter le problème. L'aporie qui peut surgir de l'inexistance d'une science adaptée au traitement précis est levée par l'éllaboration d'une nouvelle science, à l'image de ce qui se produit lorsque Comte créa la sociologie pour expliquer les relations internes aux sociétés humaines, ou plus récement lors de l'édification de la science du chaos.
Toutefois certains problèmes persistent. Nombreux sont les philosophes qui essayent d'y remédier, mais le problème persiste sans se constituer en aporie car la difficulté parraît surmontable. Prenons l'exemple de la question se raportant à l'existance d'un dieu. Plétores de philosophes présenteront des arguments favorables ou défavorables à cette théorie. Au delà des philosphes post-platoniciens qui combatront le paganisme, on trouve St Thomas d'Aquin et surtout Kant et sa religion révélée
dans le camp des philosophes convaincus de l'existence de dieu. Dogmatiques ils furent certes, mais il essayèrent tout de même de trouver des arguments tangibles. Par exemple, ils mirent en relief, l'extra-ordinaire coincidence par laquelle la totalité des peuplades isolées sur terre établirent un culte monothéiste ou polythéiste. Une telle coincidence parraît trop improbable pour ne pas faire la preuve de l'existence de dieu. De même ils se montrent incapables d'expliquer la création du monde sans impliquer la présence de dieu. A cela, la théorie du chaos répond que du chaos de matière résultant du big bang, a émergé l'ordre par lequel la vie est apparue sous forme cellulaire, le chaos et l'odre vont main dans la main. Certains philosphes tels que Feurebach s'élevère contre dieu en proposant une religion du culte de l'homme. De plus Comte combati fortement la religion de dieu, avant d'essayer à la fin de sa vie, d'établir une religion de la science, dont il serrait le guide et le grand prètre. Il annonca qu'il précherait le positivisme à Notre Dame de Paris en 1860 mais il est mort en 1857. L'église positive subsiste aujourd'hui, au Brésil par exemple.
Bref, chaque position a trouvé des échos en plusieurs grands philosophes sans que, pour autant la question appraisse comme réglée, le problème n'est pas résolu. La philosophie ayant pour outil le doute, elle s'oppose au dogmatisme, donc à certaines formes de religion; Quoi qu'il en soit la question de l'existence de dieu est un problème philosophique, qui ne trouve de réelle solution. Il met en valeur une limitation du champ d'action de la philosphie.
En conclusion, on peut dire que tout problème relève de la philosphie s'il introduit un doute ou une nouveauté dans le savoir universel. La dimension polémique conduit à un traitement de la problématique résultant de questions qui ne sont pas initialement philosophiques car concernant une science précise qui
Texte écrit à l'occasion de l'épreuve de philosophie du baccalauréat, série C, en 1991.
Texte inachevé en raison des contraintes temporelles.